Et quelquefois, j'ai comme une grande idée

5.2.16


Il y a des livres qui vous attire mais pour lesquels vous ne prenez pas le temps de lire leurs résumés. Grave erreur... souvent. Parfois, il suffit d'un avis élogieux pour susciter votre curiosité. Pour ce roman de Ken Kesey se fut un peu des deux. Repéré en librairie puis oublié, c'est en lisant le petit texte de mon libraire (quelques semaines après) que j'ai eu envie de me le procurer, persuadée de passer à coté d'une pépite. Noël approchant, ma soeur me l'a offert et je peux vous affirmer que l'année livresque 2016 commence très bien.



Ken Kesey { Monsieur Toussaint Louverture } 2015
894 pages { langue française } 14,50 euros
Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l’Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l’autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d’une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l’indestructible Hank, les Stampers serrent les rang… Mais c’est sans compter sur le retour, après des années d’absence, de Lee, le cadet introverti et toujours plongé dans les livres, dont le seul dessein est d’assouvir une vengeance. Au-delà des rivalités et des amitiés, de la haine et de l’amour, Ken Elton Kesey (1935-2001), auteur légendaire de Vol au-dessus d’un nid de coucou, réussit à bâtir un roman époustouflant qui nous entraîne aux fondements des relations humaines. C’est Faulkner. C’est Dos Passos. C’est Truman Capote et Tom Wolfe. C’est un chef-d’œuvre.


"An eye for an eye will only make the whole world blind" - Ghandi


Dans un blême paumé des Etats-Unis, où la sauvagerie de l’homme n’a d’égal que celle de la nature. Une famille se confronte en son sein et avec la ville sur presque neuf cents pages. Année 60, syndicalisme et ouvriers, Ken Kesey plonge le lecteur dans une montagne de réflexions où plusieurs fois, le lecteur se fera assommé dans le bon sens du terme par la violente difficulté du travail d'un bûcheron et par les pensées construites mais décousues de nos personnages.

Et quelquefois, j’ai comme une grande idée est un hymne à la testostérone et la condition de la femme fera grincer les dents à plus d’une personne. Toutefois, on s’en fiche pas mal des personnages féminins même si elles gravitent autour de nos personnages comme des pièges et des solutions à un problème. Un roman profondément révélateur, initiateur, porte parole d’une société imbriquée dans les intérêts des grandes compagnies.

Loin d’être un roman basé uniquement sur le syndicalisme, Ken Kesey offre le portrait d’une famille : les Stamper, prise dans les filets de l’opinion publique.
Une famille déchirée par un paternel autoritaire et tête brulée Henry, qui voit dans son fils ainé Hank, le digne héritier de l’entreprise familial. Alors que le dernier, Lee demi frère du premier, est vu comme la tête pensante. Le retour de ce dernier, alors que la famille se voit prise au collier sonne la revanche d’un frère pour une affaire macérée, où la femme encore une fois à une place délicate.
Une famille masculine qui m’a complétement charmé. Mon coeur a plusieurs fois balancé entre les deux frères que tout oppose. Des personnages réfléchis qui nous partage par bribe, leurs états d’âmes. La force est d’avoir su garder le tempérament de chaque personnage, la brutalité de Hank, la prévoyance de Lee et de créer d’autres secondaires, tout aussi forts sans qu’ils entachent la singularité de cette famille.
Les choix sont les maitres mots de ce roman, qu’ils soient bons ou mauvais, ils entrainent des conséquences. La mise en lumière de la famille Stamper n’est pas anodine à la prolongation de la grève et la bataille avec le syndicalisme.

« Fais gaffe » revient au cours du roman dans les pensées de Lee comme une antienne, un sourd avertissement que la catastrophe est imminente.
Et quelquefois, j’ai comme une grande idée est profondément dramatique sur bien des aspects et la pratique religieuse de certains de nos personnages sert à justifier cette culpabilité, les délivrer de leurs péchés. Même dans ces instants de spiritisme, Ken Kesey arrive à les confronter une nouvelle fois à leurs choix, brillant de subtilité.

Un chef d’oeuvre profondément humain qui retrace la vie de cette famille de pionners. Le lecteur sera perdu dans les pensées, les dialogues, les retours en arrière, les sauts dans le temps et il ne faut surtout pas avoir peur de relire parfois un passage car Ken Kesey, n’écrit pas au hasard et chaque phrase se mérite. Un labeur pour le lecteur mais une récompense ultime : découvrir un bijou brut de la littérature américaine. A lire, relire certains passages. Et quelquefois, j’ai comme une grande idée nous invite à se perdre dans la folie douce de ces hommes, dépassés par l’appel du gain mais intimement liés dans les joies et les peines. Un roman qui se savoure par les choix et les conséquences.




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6 commentaires

  1. Waouh ! Tu es vraiment tentatrice !!!
    Je te recommande aussi alors "Arrive un vagabond" de Goolrick et "Le Diable tout le temps" de Pollock (billets sur mon blog) car je pense qu'ils sont susceptibles de te plaire :) Peut-être pas les lire tout de suite ^^

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    1. Aurélie m'a conseillé aussi Arrive un vagabond ! Pollock, il me semble que j'avais lu le billet sur ton blog :) Merci pour tes conseils :-*

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  2. Oh c'est vrai qu'il a l'air bien ce roman <3 Je l'avais mis aussi dans ma liste pour noël ;)

    @Scarlett21 : je lui avais aussi recommandé Arrive un vagabond car dans l'idée ça me fait penser à ça ;)

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    1. Oui je sais ! Il faut que tu te l'offres maintenant XD

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  3. Je l'ai lu et j'avais aussi eu le coup de cœur :)
    D'ailleurs j'hésite beaucoup à acheter cette nouvelle version car elle est magnifique !! :)

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    1. Oui elle est splendide et apparement elle est plus longue aussi :)

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